L’invitation au voyage
Le saviez-vous ?
La salle du Théâtre du Merveilleux rend hommage à une forme de spectacle très en vogue au 19e siècle où des innovations techniques (machineries, lanternes magiques…) permettaient de réaliser des effets spéciaux pour créer l’illusion et le merveilleux, afin de présenter des fééries et d’offrir au public un voyage immobile. Ces spectacles cherchent à créer l’émotion en explorant différentes techniques de mise en scène pour emmener le spectateur hors du quotidien. Panoramas, dioramas, fantasmagories, théâtres d’ombres remportent un succès grandissant. À une époque où le cinéma n’existait pas encore et où l’on ne savait pas faire bouger l’image, tout était mis en œuvre pour faire bouger l’écran. La mise en scène permet parfois d’abolir la frontière entre le réel et l’irréel mais également de renforcer l’illusion d’effets naturels : éruptions volcaniques, éclairs, scènes de tempêtes ou reconstitutions de paysages pittoresques. Les forains rivalisent d’imagination et d’ingéniosité pour créer des effets qui font rêver, voyager, ou au contraire pour instaurer un décalage susceptible de susciter le rire.
Réponses sur plan

En retard, en retard, toujours en retard, jusqu’au pays des merveilles. Nous sommes trois, mais heureusement au même endroit.
Réponse : les lapins
Peu de contes reprennent la figure du lapin. Cependant, il est une figure marquante du roman Les Aventures d’Alice au pays des merveilles, sorti de l’imagination du l’écrivain et professeur de mathématique Lewis Carroll en 1865. L’histoire de cette petite fille anglaise lui vient lors d’une promenade en bateau en compagnie d’Alice, Lorina et Charlotte Liddell, les filles du doyen de Christ Church, un des collèges prestigieux d’Oxford où il enseignait alors. Durant la sortie, les enfants lui prièrent de leur raconter une histoire qu’il inventa au fur et à mesure. Il rédigea ce récit fantastique, qu’il compléta afin de pouvoir être publié. Ainsi, le roman narre les épopées et rencontres d’Alice au sein d’un pays des merveilles.
A la manière d’Alice tombant au sein d’un monde enchanté, passant du réel à l’imaginaire, ces lapins de bois, fabriqués pour des manèges il y a près de cent ans, font office ici de passeurs et vous indiquent le chemin de mondes imaginaires.
Avez-vous remarqué la taille de ces lapins ? L’un est beaucoup plus grand que les autres ! Ils ne proviennent pas du même manège : les petits lapins proviennent d’un manège pour enfant, tandis que le plus grand fut conçu pour un manège pour adultes de la fin du 19e siècle.

Je représente une ville imaginaire slave
Réponse : toile dioramique d’un théâtre mécanique forain
Reconnaissez-vous cette ville ? Peut-être est-ce Moscou ? A moins que ça ne soit Saint-Pétersbourg ? Ou bien une ville de Norvège ? Toutes ces réponses sont bonnes, ou du moins sont celles données par le forain qui exploitait cette toile sur les foires de Belgique et du nord de la France.
Cette toile est le décor d’un théâtre mécanique, un type de spectacle développé au cours de la seconde moitié du 19e siècle. Devant la toile se trouvaient des rails sur lesquels évoluaient des marionnettes mécaniques, en tôle découpée et peinte, à la manière des chevaux dans ce jeu de derby. Des marionnettistes prenaient place de chaque côté, et actionnaient les marionnettes au moyen de cordes et de poulies : les personnages, bateaux ou animaux racontaient ainsi des histoires. L’ancêtre du dessin animé était né !
La toile devant vous a cependant une spécificité, celle d’être peinte des deux côtés, et de présenter deux vues. Eclairée de face, la toile présente une vue de jour d’une ville derrière un pont. Mais quand l’éclairage frappe l’arrière de la toile, tout change : la nuit tombe, les lumières aux fenêtres s’allument et une foule de personnages apparaît sur le lac gelé. Le titre du spectacle “Un carnaval sur la glace à Saint Pétersbourg” tire son nom de cette scène.
Si cette vision nous semble certes merveilleuse, imaginez ce qu’ont ressenti les personnes qui voyaient le spectacle pour la première fois ? Jamais ils n’avaient assisté à un tel phénomène auparavant, à une époque bien loin de la profusion numérique à laquelle nous sommes habitués aujourd’hui. L’utilisation d’une ville “exotique” participe également à cet émerveillement : personne n’avait mis les pieds en Europe de l’est, et les forains proposaient un vrai voyage immobile à leurs visiteurs.

Je pars pour un voyage de 80 jours
Réponse : la montgolfière à l’éléphant
Vous avez devant vous un exemple des mises en scène du créateur des lieux : un mariage d’objets. L’accrochage du musée est un onirique plutôt que scientifique. La montgolfière à éléphant est constituée de plusieurs objets issus de voyages différents.
Le ballon tout d’abord. En bois, fortement ouvert, il est en réalité un plafond de manège peint au début du 20e siècle. L’éléphant qui forme lui la nacelle est un sujet de manège allemand réalisé dans les années 1890. Et l’illusion de la montgolfière fonctionne par l’ajout d’un simple détail : la flamme brûlant sous le ballon. A l’instar des maîtres de l’illusion, tel Georges Méliès pour ses films, Jean Paul Favand use d’artifice très simples pour faire travailler votre imagination. La montgolfière évoque alors des voyages extraordinaires tels que ceux du Baron de Münchhausen, Cinq semaines en ballon, ou encore le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne.
Sur le dos de l’éléphant est placé un monde à rêver miniature du 19e siècle où se promènent des personnages réalisés en mie de pain. Il faut ainsi se faire tout petit afin d’y pénétrer et commencer un nouveau voyage à la découverte d’un souk d’Afrique du Nord.
Tout dans cette installation rappelle l’exotisme et le voyage dépaysant que vous propose le Théâtre du Merveilleux : les perroquets d’Amérique du Sud, un éléphant d’Asie et une villa nord-africaine.

Voyage sonore, on m’entend à plusieurs kilomètres. Pour me distinguer, je suis plus petit que mon grand frère.
Réponse : orgue Mortier
Fabriqué dans les années 1930 par le constructeur Mortier, cet orgue mécanique invite à un voyage musical. Il joue de concert avec les autres instruments du Théâtre du Merveilleux, un orgue Decap, un piano automatique, un carillon mural, un métallophone et un xylophone.
Les concepteurs d’instruments de musique mécanique s’inspiraient tout comme les constructeurs forains des courants artistiques alors à la mode : la façade de cet orgue très art déco rappelle cette période des années 1930.
Comme son grand frère, l’orgue Decap situé au fond de la salle, il fonctionnait à l’origine avec un système de cartons perforés. Ce système fut mis au point par Jacquard, pour son usine de textile au début du 19e siècle, pour les métiers à tisser de tissus dits à complications. Pour l’orgue, le carton est passé dans un mécanisme, la « boîte à touches », constitué de tiges métalliques. Lorsqu’elles rencontrent l’une des perforations, cela actionne l’ouverture de certaines flûtes, percussions et autres instruments à vent, qui laissent passer l’air et émettent un son. L’information quant à la mélodie se trouve donc dans les trous présents sur le carton – un système qui fut repris pour le fonctionnement des premiers ordinateurs.
Lorsque l’orgue se met à jouer, on entend aussi bien des trompettes, un saxophone, une flûte alto qu’un accordéon. Un vrai orchestre se cache donc dans un seul instrument.
Le carton perforé de cet orgue est désormais remplacé par un système informatique qui permet de piloter son lancement à distance.

A l’abordage !
Réponse : le pirate
Posté sur leur frégate ces pirates semblent arpenter les flots, le regard décidé dans l’espoir de tomber un jour sur un coffre rempli de pièces d’or et de pierres précieuses, que vous saurez trouver si vous êtes attentifs…
Peut-être s’agit-il d’Edward Teach, pirate anglais plus connu sous le nom de Barbe Noire ? Du Capitaine Crochet, célèbre adversaire de Peter Pan ? Ou encore de Long John Silver, le monstrueux pirate faisant trembler l’Île aux trésors de Robert Louis Stevenson ? Ou bien l’une des fameuses pirates qui voguaient avec Jack Rakham, Mary Read ou Anne Bonny, déguisées en homme afin de ne pas se faire remarquer sur le bateau.
Loin d’être des personnages imaginaires, les pirates étaient de véritables légendes vivantes, devenus les héros de nombreuses aventures. Voguant sur leurs voiliers, entre fiction et réalité, les pirates font depuis longtemps rêver les enfants en quête d’évasion et de liberté. Ces hors-la-loi prospèrent dans la culture populaire depuis le 18e siècle, dès la fin de la grande époque de la piraterie, avec les œuvres d’écrivains tel Daniel Defoe, qui les honorent au sein de romans d’aventure. Depuis, ils peuplent livres, bandes dessinées et écrans de cinéma ou de télévision.
Ce bateau pirate est une construction sortie de l’imaginaire de Jean Paul Favand. Il est constitué d’éléments forains : les boiseries formant les fenêtres et les statues d’homme et de femme garnissant les angles sont des éléments de fronton de manège. Mais ce navire est déstructuré. La proue en effet ne se trouve pas à l’avant, mais bien à bâbord, avec une sirène de manège en figure centrale.

J’ai l’honneur de porter dans la main un symbole olympique.
Réponse : le carrosse de l’Hippo-Palace
Ce carrosse, digne des plus grandes parades princières de l’Ancien Régime, n’est autre… qu’un sujet de manège. Il a été réalisé au tout début des années 1900 par le grand sculpteur forain belge Alexandre Devos pour le forain Johannes Van Munster qui voulait la plus grande et la plus belle attraction : un carrousel-salon. Dans ces grands bâtiments nomades on trouvait un manège, un parquet de bal, un orgue mécanique ou encore un endroit pour se restaurer. Leurs façades entièrement démontables pouvaient mesurer jusqu’à 40 mètres de long et 20 mètres de haut.
Dans son carrousel-salon appelé l’Hippo Palace, Van Munster a placé un manège constitué de six carrosses, tous différents les uns des autres, chacun tirés par quatre chevaux, dont un exemple se trouve dans l’autre partie du Théâtre du Merveilleux.
Pour ce carrosse, Alexandre Devos a fait appel à tout son savoir-faire de sculpteur et ses connaissances d’artiste : il s’inspire de l’art du 18e siècle pour réaliser ici quelque chose de délicat, tendre, aussi bien dans la sculpture que dans la couleur. Remarquez la robe de la sculpture féminine à l’arrière, elle est bicolore. Lorsque les Pavillons de Bercy ont fait l’acquisition du manège, la robe était rouge sombre, la couleur que lui avait donné l’un des derniers propriétaires. Mais en recherchant les couches inférieures, ce que nous faisons dans nos ateliers de restauration, nous avons retrouvé la couleur d’origine, le vert.
Les carrosses de l’Hippo Palace avaient une particularité : en plus de tourner en cercle comme sur n’importe quel manège, ils bougeaient également de gauche à droite, et d’avant en arrière, imitant ainsi le mouvement de la houle sous un bateau. D’ailleurs, si vous regardez à l’arrière du carrosse, vous verrez une vue marine.
Dès la seconde moitié du 19e siècle les forains ont placé différents moyens de locomotion sur leur manège : cheval, barque, locomotive, vélocipède, puis voiture et enfin aujourd’hui navette spatiale. Le tour de manège devient alors un vrai voyage.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur le musée, il est ouvert toute l’année, sur réservation, à travers des visites guidées.