De plumes et de sequins

Le saviez-vous ?

Le genre emblématique du music-hall naît au milieu du 19e siècle. Un cabaretier londonien souhaitait organiser un spectacle réunissant plusieurs chanteurs sur scène. À cette fin, il ouvre un établissement qu’il nomme le Canterbury Music-Hall où sont produits des spectacles de variétés. On pouvait y retrouver toute une palette de performances : ballets, illusionnistes, jongleurs, acrobates, mimes, chiens savants, théâtre, le tout accompagné d’une musique enjouée.

Le «music-hall», qui désigne à la fois le genre des spectacles et le lieu où ils sont présentés, s’inscrivit dans le temps et se développa dans le monde entier… Comme sur les fêtes foraines. En effet à la Belle Epoque toutes les formes de spectacles étaient présentées sur les champs de foire : cinéma (que seuls les forains osèrent diffuser pendant près de 15 ans !), magie, marionnette, combat de boxe ou de lutte, animaux savants et spectacles de music-hall.

Vous retrouvez au sein du Théâtre du Merveilleux tout l’éclat des spectacles de music-hall et les artistes qui l’ont fait rayonner à travers leur avant-gardisme. Costumes, affiches, accessoires, photos et personnages de cire créent un univers joyeux que le public peut découvrir en esquissant quelques pas de danse.

Réponses sur plan

Je suis une affiche des Folies de Paris. Ne vous trompez pas, je côtoie une coiffe violette.

Réponse : affiche Folies Légères dans la vitrine de l’entrée

Cette vitrine devant vous est l’une des deux seules que vous trouverez dans la salle. Le reste des objets se trouve à votre portée, et en particulier les attractions de la salle que vous pouvez utiliser. En effet, dans notre musée-spectacle, les objets sont acteurs et reprennent vie ! Cette vitrine présente cartes postales, photographies, documents publicitaires et accessoires provenant de l’un des plus célèbres music-halls de Paris : les Folies Bergère ! Le théâtre est inauguré le 2 mai 1869. Son nom fait référence aux folies, une appellation alors en vogue pour désigner les salles de spectacles. Quant au terme Bergère, il tient de la rue Bergère située non loin de la rue Richer où est implanté le théâtre. C’est donc pour cela que Bergère ne prend point de “S”. 

La salle différait d’un café-concert : il était nécessaire de payer le droit d’entrée en plus des consommations. Le système n’était pas non plus similaire à celui des théâtres car il était autorisé de fumer et d’aller et venir librement.  

Deux directeurs ont grandement marqué les débuts des Folies :  

  • Léon Sari, en 1871 ajoute à la salle un promenoir, puis y fait aménager un immense jardin d’hiver. Ces nouveaux travaux ont joué un rôle essentiel dans le succès des Folies Bergère qui deviennent dès lors le symbole de la vie parisienne mondaine.  
  • Édouard Marchand, quant à lui, met en place, lors de l’année 1886, le genre “revue de music-hall”. Les spectacles mêlent “ballets, attractions, tours de chant et intermèdes comiques”. Très vite, Marchand comprit que « la femme » était le sujet principal qu’il souhaitait mettre en scène aux Folies Bergère. Ainsi, naquirent les « cocottes », de nouvelles vedettes très appréciées du public telles que la Cavaliéri, Liane de Pougy, Émilienne d’Alençon ou encore Loïe Fuller, qui fut l’étoile des Folies pendant 10 ans. 

La dernière directrice, Hélène Martini, ancienne mannequin des Folies, aussi surnommée “l’Impératrice de la nuit” a vendu les Folies Bergère en 2011. Cette salle ne propose plus de revues de music-hall mais accueille désormais des spectacles de tout type. 

 En vous retournant, vous pourrez apercevoir la deuxième vitrine de la salle, qui abrite, elle, une collection de l’un des premiers produits dérivés : la tour Eiffel. Dès son inauguration en 1889 en marge de l’Exposition Universelle, les visiteurs ont souhaité emporter chez eux un souvenir de leur passage à Paris. A l’image des Statues de la Liberté miniatures vendues quelques années plus tôt pour promouvoir l’œuvre de Bartholdi, de multiples tours Eiffel ont fait leur apparition sous des formes diverses et variées : encrier, salière, lampe à huile, cuiller à absinthe ou encore ciseaux de couture ! 

Égérie de peintre, je danse le cancan comme personne à Paris ! Arriverez-vous à me reconnaître ?  

Réponse : La Goulue

Fille d’ouvriers modestes, Louise Weber commence la danse au bal public destiné aux enfants, dès ses 6 ans. Dans sa vingtaine, elle pose pour des peintres, dont Renoir, et se fait photographier dans des clichés artistiques par Achille Delmae. Rapidement, elle intègre le Moulin de la Galette, salle dans laquelle elle pratique le chahut, accroissant ainsi sa réputation de danseuse. 

A l’Elysée Montmartre, elle fait une rencontre cruciale : celle du danseur Valentin Le Désossé avec qui elle forme désormais un duo de renom et performe dans les salles parisiennes. C’est à ce moment qu’elle acquiert son fameux surnom “la Goulue” en référence au nom de son premier mentor (Gaston Goulu Chilapane) mais avant tout à son habitude de terminer les verres de ses clients.  

Le Moulin Rouge ouvre en 1889 à Pigalle. Cette mythique salle surmontée d’un faux moulin, devient l’antre de Louise Weber qui virevolte devant les spectateurs et se fait connaître pour son cancan endiablé. 

Danse française au tempo vif exécutée en couple dans les bals et cabarets, le cancan naît à l’aube du 19e siècle. Les chorégraphies très osées, entre levers de jambe et grands écarts, sont largement décriées. La Goulue possède sa figure phare, réalisée ici par son double de cire : le coup-de-cul qui consiste, de dos, à remonter ses jupes pour montrer ses culottes dans un final exalté. Cette danse a séduit les plus grands comme le prince de Galles (futur Édouard VII) ou encore le grand-duc russe Alexis Alexandrovitch. 

En 1951, Edmond Heuze, ancien danseur au Moulin Rouge, rapporta sur sa rencontre avec la vedette : “ Elle était éblouissante, cette fille-là. Et Valentin Le Désossé avait peine à la suivre. Je n’ai jamais vu d’égal. Franchement, j’ai vu des gens qui dansaient mieux, mais elle, elle était la danse, vous comprenez.” 

A 30 ans, la Goulue fait le pari de quitter le Moulin afin de monter elle-même ses spectacles dans les fêtes foraines. La Foire du Trône la vit donc s’exposer comme danseuse du ventre ou encore dompteuse de fauve. Cependant, son succès ne dura pas et la Goulue finit ruinée au point de revenir vendre bonbons, oranges et cigarettes devant le Moulin Rouge qui l’avait abrité durant tant d’années. Malgré cette fin de carrière misérable, sa gloire, elle, ne ternit jamais au sein des nombreux tableaux et croquis de son fidèle ami, le peintre Toulouse Lautrec, qui fit d’elle sa muse jusqu’à sa mort.  

Autrefois sur les épaules d’une meneuse de revue je suis ici la voile onirique d’un bateau

Réponse : la cape de la meneuse de revue

Cette cape majestueuse est brodée de sequins selon des dessins d’Erté. D’abord assistant de Paul Poiret (dont vous pouvez retrouver le personnage de cire en veste rayée à gauche du grand orgue Decap du Théâtre du Merveilleux), Romain de Tirtoff, dit Erté, réalise de nombreux costumes et décors pour le music-hall. Les entrelacs des broderies de cette cape sont caractéristiques de son œuvre.  

Malgré ses dimensions importantes, cette cape est un “petit accessoire” : certaines meneuses de revues en portaient des bien plus longues, spécifiquement conçues pour descendre des escaliers au centre de la scène, et être ainsi vues déployées sur les marches. L’exercice était périlleux pour les danseuses, qui portaient déjà une coiffe lourde et imposante et des talons très hauts. La cape ajoutait encore plus de poids et pouvait entraver leurs mouvements. L’astuce était d’intégrer des danseurs à la chorégraphie lors de la descente des marches afin d’aider la meneuse de revue à se stabiliser. 

Si la meneuse est souvent la vedette de la revue, d’autres formes de spectacles sont présentées au music-hall. La danse serpentine de Loïe Fuller était par exemple un numéro réputé. Drapée dans des voiles de soie qu’elle agite grâce à de longues baguettes, elle se transforme en papillons, fleurs, serpent grâce à des jeux de miroirs et de lumière. Le pétomane du Moulin Rouge avait également une certaine notoriété ! Ce dernier se produisait dans une salle extérieure, qui se trouvait dans le jardin du Moulin Rouge et était en forme d’éléphant. Ce gigantesque éléphant en plâtre avait été construit pour l’Exposition Universelle de 1889. Joseph Pujol, de son nom de scène, le pétomane, se produisait régulièrement pour faire rire le public. Il est dit qu’il pouvait jouer la Marseillaise… 

Belle de mon surnom, je suis danseuse et courtisane à la fois.

Réponse : le Belle Otero

La Belle Otero ou “reine des Paris-Plaisirs” a marqué l’histoire des Folies Bergère. Chanteuse, danseuse mais aussi courtisane reconnue, elle fut acclamée tout au long de sa carrière pour son charme imparable et ses talents séducteurs. En 1889, la jeune Caroline Otero quitte l’Espagne, où elle est forcée de se prostituer, et rejoint la capitale française. Son nom résonne rapidement dans les rues de Paris en raison de ses nombreuses conquêtes amoureuses. Elle fait ses débuts en tant que danseuse exotique au Grand Véfour en 1890, puis continue sa carrière dans diverses salles d’Europe et réalise une tournée américaine, avant d’être repérée par Edouard Marchand, alors directeur des Folies Bergère. Chacun de ses passages sur scène, scandaleux par leur sensualité excessive, sont acclamés. Elle porte les bijoux offerts par ses admirateurs et amants dans une salle comble et exécute des pas de danse espagnols. Elle sera très vite surnommée la Belle Otero.  

Durant toute sa vie, Caroline fit tourner les têtes, même celles des plus puissants tels que le roi Léopold II de Belgique mais aussi de nombreux aristocrates, ministres, financiers et écrivains. Elle serait par ailleurs à l’origine de plusieurs duels et de six suicides, un phénomène tel qu’elle fut surnommée la “sirène des suicides”.  

De l’autre côté du mur, vous pouvez apercevoir un autre genre de sirène. Celle-ci est un sujet de manège, composé uniquement de sirènes. Elles sont l’œuvre de Friedrich Heyn, un célèbre sculpteur d’art forain allemand. 

Je suis la reine des forains et partage mon nom avec une héroïne d’un célèbre roman de Victor Hugo. 

Réponse : les plumes d’Esmeralda 

Cette Esmeralda date de la Belle-Epoque. Elle est l’œuvre d’un sculpteur de l’école française. Elle représente la reine des forains, élue chaque année depuis plus de cent ans sur les fêtes foraines. Loin des concours de reines de beauté, le titre d’Esmeralda récompense et distingue la jeune-fille la plus méritante de l’année, conservatrice des traditions foraines. 

Ici, Esméralda est parée d’une roue de plumes datant des années 1970 qui provient des collections des Folies Bergère alors dirigée par Hélène Martini. 

A l’origine, la plume se retrouve en France sur les coiffures militaires et les couvre-chefs masculins. C’est à l’orée du 18e siècle, qu’elle devient un accessoire en vogue dans la mode féminine, symbole de luxe et d’élégance pour la femme qui la revêt. On la retrouve par exemple sur les nombreux chapeaux de la reine Marie-Antoinette. Depuis, son influence n’a fait que croître pour atteindre son apogée durant la Belle Époque, où elle complète les tenues, coiffes, gants, éventails… mais aussi les costumes flamboyants des danseuses des cabarets telle que la très célèbre Mistinguett (à l’affiche de la revue La Valse Renversante aux Folies Bergère aux côtés de Maurice Chevallier). 

En 1919, l’industrie de la plume était devenue si populaire que 425 plumassiers exerçaient à Paris ! Aujourd’hui, il en reste moins d’une dizaine. 

Les larges plumes d’autruche que porte ici Esmeralda ont été acquises par le musée en 2012, lors de la vente aux enchères organisée par Hélène Martini où elle vend près de 6 000 costumes des Folies Bergère confectionnés à la main dans les ateliers du music-hall de 1970 à 2000. Le musée possède une collection de costumes de spectacle (cirque, music-hall, cinéma, théâtre, opéra…) dont une partie est présentée dans cette salle, les autres costumes font parfois l’objet d’expositions temporaires comme à l’occasion du Festival du Merveilleux 2026 dont le thème est “Costumes en scène”. Le musée conserve également une collection de croquis de costumes de Music-hall. 

6. Question bonus : J’ai deux amours, mon pays et Paris

Depuis que Joséphine Baker a foulé les planches des Folies Bergère en 1926, elle est devenue une star acclamée que tous les producteurs s’arrachent, remplissant les salles à chacune de ses apparitions. S’essayant à la chanson, elle connaît un succès retentissant avec J’ai deux amours, puis se lance au cinéma. Source d’inspiration de nombreux écrivains tel qu’Ernest Hemingway, égérie des peintres cubistes, Joséphine devient la muse des Années Folles. La très célèbre Mistinguett voyait d’ailleurs en elle sa principale concurrente.  

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Joséphine Baker n’hésite pas à s’engager dans la Croix-Rouge. Elle est également mobilisée au sein des Forces françaises libres pour lesquelles elle devient agent de renseignement. Son courage est récompensé en 1946 avec la médaille de la Résistance, puis en 1961 avec la Légion d’honneur à titre civil. 

Au sortir de la guerre, alors qu’elle reprend sa carrière d’artiste, elle épouse un chef d’orchestre de renom, Jo Bouillon avec qui elle s’installe au domaine des Milandes en Dordogne. Ensemble, ils adoptent douze enfants de toutes origines afin de donner l’exemple de la fraternité universelle. Ils appellent leur famille la tribu arc-en-ciel. 

Dès les années 1950, Joséphine Baker rejoint le Mouvement afro-américain des droits civiques, écrit des articles et intervient publiquement pour dénoncer le racisme et la ségrégation dont elle a elle-même souffert.  

A la fin des années 1960, Joséphine Baker remonte sur scène pour des revues de music-hall, toujours parée de plumes et de paillettes. La coiffe en plumes d’autruches rouges que vous voyez devant vous a ainsi été portée lors des dernières apparitions de l’artiste au Carnegie hall de New-York en 1973.   

Anecdote

Le nombre 13 est un habitué des Folies Bergère. Il y a : 

  • 13 lettres dans le titre de toutes les revues, 
  • 13 lettres dans le nom “FOLIES BERGÈRE”, 
  • 13 lettres dans le nom “Hélène Martini”. 

 

Si vous souhaitez en apprendre plus sur le musée, il est ouvert toute l’année, sur réservation, à travers des visites guidées.