History of Bercy

Ne vous fiez pas aux apparences.  Derrière son allure moderne en bordure de Seine le quartier de Bercy a été le témoin d’une histoire unique et festive qui résonne encore aujourd’hui.

De très anciennes pirogues…

Imaginez à Bercy : un homme, debout sur son embarcation, s’apprête à harponner un poisson. Il trébuche, tombe à l’eau et sa pirogue submergée s’enfonce dans la vase du marécage. Ce scénario imaginaire aurait pu exister car en 1991, lors de travaux d’aménagement du quartier ultra moderne de Bercy, plusieurs pirogues et de nombreux autres objets de la vie quotidienne, dont un arc en bois d’if vieux de 6500 ans, ont été découverts. Ces objets, aujourd’hui conservés au Musée Carnavalet font partie des plus anciennes traces d’habitation trouvées en région parisienne.

Par la suite, du temps des Gaulois et des Romains, ce lieu, encore très marécageux, n’est pas habité. Il ne le sera que bien plus tard, après avoir été asséché. Selon la légende, l’origine du nom de Bercy remonte à la fondation de quelques bicoques par des Celtes venant de la petite île de Belsinaca, située dans l’estuaire de la Seine, aux alentours de 850. Ces derniers auraient fui les Normands pour s’établir près des Parisiis, nos ancêtres parisiens, aux abords de Lutèce.

De Percy à Bercy

Au début du XIIème siècle, son nom apparaît officiellement une première fois en Percy (ou Perci) dans un acte de donation de Louis VI le Gros aux moines de l’abbaye de Montmartre où on le cite comme “l’Insula Berciliis”.

Puis, en 1172, une seigneurie naissante, dite la “Grange de Bercix”, l’évoque une seconde fois. Le terme « Bercy » que l’on emploie aujourd’hui apparait en 1415, il s’agit de la « seigneurie de Bercy », appartenant à la famille de Montmorency.

Représentation du Château de Bercy
Château de Bercy

Cette terre seigneuriale accueille tour à tour, forteresse, résidences de plaisance pour la noblesse jusqu’à la construction au XVIIème siècle d’un château sans précédent. Cette propriété de Charles Henry de Malon, seigneur de Bercy et petit-neveu de Colbert, fut construite sur les plans de Le Vau et ses jardins en terrasse jusqu’à la Seine dessinés par Le Nôtre. Les témoignages décrivent un château dont la splendeur égalerait presque Versailles.

Selon la volonté du Roi soleil

C’est en 1704 que le destin de Bercy prit un tournant, lorsque Louis XIV se rendit à Bercy afin d’assister à une messe. Lors de la cérémonie, le Roi remarque que l’un de ses fidèles ne s’est pas agenouillé. Crime de lèse-majesté ! Celui-ci est amené immédiatement devant le Roi. Il se trouve que l’homme était bien agenouillé mais sa taille de géant le faisait paraitre debout. A la fin de la messe, Martin, le vigneron originaire de Bourgogne, loin de se laisser impressionner profita de la situation pour se plaindre au Roi de ne pouvoir vendre son vin aisément. Amusé par la situation, Louis XIV lui assure qu’à partir de ce jour, l’octroi serait levé et qu’il pourrait faire commerce de son vin à Bercy, sans taxes.

Le premier entrepôt à vin de Bercy était né.

Le village de Bercy, profitant de la Seine comme moyen de communication privilégié avec la Bourgogne, voit ainsi l’installation des premiers magasins à vin sur les rives du fleuve.

Le plus grand marché vinicole du monde

La commune de Bercy est constituée en 1790 à la suite de la création des municipalités par l’Assemblée Nationale avant d’être intégrée à Paris le 1er janvier 1860.

Après la Révolution, les dépôts de vins se multiplient pour devenir en 1878 selon les plans de Viollet le Duc, les entrepôts de Bercy. C’est alors le plus grand marché vinicole du monde installé sur près de 43 hectares. Les Parisiens fréquentent ces lieux car, au-delà de la barrière de l’octroi, l’alcool y est détaxé.

Avec ses nombreuses auberges et guinguettes, ses fêtes, ses joutes, ses feux d’artifices, Bercy acquiert une réputation de franche convivialité.

Négociants, clients, ouvriers, artistes, tel le peintre Daumier, s’y retrouvent, ainsi que les canotiers. En effet, les jeunes gens, garçons et filles de toutes conditions viennent s’y encanailler et ramer le long de la Seine, habillés en marins d’opérette ou coiffés d’un chapeau de paille. Ils donneront naissance à l’un des symboles de la vie parisienne, connu dans le monde entier.

Illustration d'un guinguette du Joyeux Bercy
Joyeux Bercy – guinguette

On se retrouvait alors au Rocher de Cancale ou aux Marronniers pour celer une affaire ou se détendre un verre de « Bercy » à la main.

Cette image du Joyeux-Bercy nous est parvenue grâce aux artistes inspirés non seulement par les lieux mais aussi leurs habitants. De Daumier et ses caricatures en passant par Eugène Atget qui a su photographier un Bercy pittoresque jusqu’à Julien Duvivier qui réalise en 1951 Sous le ciel de Paris coule la Seine.

Un quartier mis en péril

Il est difficile aujourd’hui d’imaginer ce quartier, telle une enclave au cœur de Paris, clos de grilles et de murs, fermé à la circulation, où les platanes le disputent aux cortèges de tonneaux, où circulent affairés courtiers et commis occupés à charger leurs précieux breuvages ou à les faire goûter aux clients, dans l’odeur de vin et de fûts qu’on soufre…

Bercy survécu à de nombreuses calamités, incendies et crues de le Seine, dont la plus célèbre reste celle de 1910. Le fleuve submergeât les entrepôts et les tonneaux se retrouvèrent jusque dans les arbres !

Toutefois, dans les années 1960, avec l’invention de la « Mise en bouteille au château », les négociants quittent peu à peu Bercy pour laisser progressivement le quartier à l’abandon. Délaissé et marginalisé le quartier de Bercy devient alors insalubre et peu fréquentable.

1980-1990 : naissance du nouveau quartier de Bercy

En 1979, le Conseil de Paris lance la réalisation d’un centre omnisports à Bercy qui marque le début d’une longue série de démolitions, participant au rééquilibrage de Paris vers l’est. Bien peu de chais ont survécus et les actuels Pavillons de Bercy en sont l’un des plus beaux fleurons restés intacts. Le nouveau quartier de Bercy s’articule aujourd’hui autour d’un des deux plus grands parcs aménagés dans Paris depuis Haussmann. 14 hectares de jardins romantiques qui rappellent l’aspect pittoresque de ce que fut le quartier au siècle dernier.

Aujourd’hui, ce quartier autrefois à l’abandon est devenu un véritable pôle économique et culturel de l’est parisien grâce à la ligne de métro 14, et l’essor du Cour Saint Emilion (Bercy-Village) comprenant cinéma, restaurants et commerces et de Bercy Lumière.

Des Chais Lheureux aux “Pavillons de Bercy”

Bordant la rue des Pirogues de Bercy, les Chais Lheureux, aujourd’hui Pavillons de Bercy, suggèrent admirablement ce que pouvait être l’activité des entrepôts à leur création en 1896, avec ses commis et négociants chargeant et déchargeant leurs tonneaux, dans un va-et-vient incessant de voitures à cheval et un grand déploiement d’échanges bruyants et colorés.

Les Pavillons de Bercy, répartis sur 1,5 hectares sont composés de six bâtiments représentant un total de 8200 m² couverts, de de rues privatives fortes de 12 823 pavés, d’une piazza et de dix-sept platanes centenaires !

Les bâtiments, restitués dans leur état d’origine, témoignent de l’architecture industrielle de la fin du XIXe siècle, avec ses murs en pierre de meulière, ses ouvertures voûtées de briques et ses grandes structures métalliques intérieures signées… L’Heureux, élève de l’architecte Victor Baltard, lui-même élève de Gustave Eiffel.

Les Chais Lheureux sont, depuis 1995, inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Les chais Lheureux en 1996 avant l'installation des Pavillons de Bercy
Chais Lheureux 1996

Renouer avec l’art de la fête

Renouant avec les réjouissances d’il y a cent ans, les Pavillons de Bercy, qui regroupent le Musée des Arts Forains, Le Théâtre du Merveilleux et les Salons Vénitiens, sont destinés à être un musée vivant dédié aux différentes traditions de la fête et des spectacles en Europe.

La scénographie dirigée avec soin par Jean Paul Favand a bénéficié de la collaboration permanente du muséographe Pierre Catel (pour les bâtiments et les collections), du concours de l’architecte Jean-Michel Wilmotte et du musicien et plasticien Jacques Rémus.

Source documentaire pour la partie historique de Bercy : livre “Bercy” de Jacques Champeix et Lionnel Mouraux – © Editions L.M. 1989.


Published on 09.01.17